•  Mémoire familiale / Morgan Mémoire familiale / Morgan

    Sur la première photographie se tient mon arrière-arrière-grand-père maternel . Il porte un uniforme et a participé à la première guerre.
    La deuxième photographie est le verso de la précédente. On peut voir qu'il est écrit :
    "Vive 1914, 1095 jours, 2190 gamelles a bouffer"

    Mémoire familiale / Morgan Mémoire familiale / Morgan

    Sur ces deux photographies, datées de 1916, on peut voir des prisonniers allemands encadrés par des soldats français.

    Morgan


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  • Jules Malliette

    C’est une photo que j’ai demandé à un membre de la famille.
    Le soldat présent est mon arrière-arrière-grand-père et la dame à côté est sa mère.

    L’homme présent sur la photo s’appelle Jules Malliette,
    sur la photo il est âgé d'environ 25 ans.

     

    Il est né le 22 août 1879 à Boult sur Suippe.

    C’était un manouvrier.
    Il a participé à la Première Guerre Mondiale.

    Lina


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  • Mémoire - Thomas Mémoire - Thomas

    Ces deux documents m’ont été présentés par un membre de ma famille dans le cadre d’une recherche généalogique sur les branches de la famille VANDEWALLE. Avec l’implication dans ce projet mémoire, j’en ai eu le souvenir et ai voulu les utiliser.

    La photographie, authentique, a été prise dans l’année 1915 et le texte a été écrit le lendemain du jour de la prise de la photo. Ces deux documents, outre les émotions relativement négatives qui s’en dégagent, laissent voir une dimension réelle de la guerre au cours de laquelle les civils aussi furent des victimes bien qu’ils ne soient en rien responsables.

    Le bombardement, suivant les indications de la lettre, aurait eu lieu aux alentours d’une heure du matin. D'après la lettre, on sait que le bombardement s'est déroulé le 2 Avril 1915. Mes ancêtres auraient donc du, au milieu de la nuit, se lever et aller se réfugier dans les “souterrains” avec “beaucoup de voisins” toujours en relevant les indications de la lettre. S’ils ne l’avaient pas fait, la tragédie aurait bien entendue suivie.

    Sur la photographie, on distingue des débris de bâtiment : il s’agit de la maison dans laquelle vivait mon arrière-grand-mère ainsi que ses frères et soeurs. La personne la plus à droite se trouve être mon arrière-grand-mère et à la suite ses frères, soeurs et sa nièce. De plus, on peut remarquer que le personnage central est un peu flou. En effet, comme dit plus tôt dans la lettre, le sol tremblait quelque peu au moment de la prise de la photo. 

    Cette maison était construite dans la ville de Reims qui a été, durant la Première Guerre mondiale, ravagée par les bombardements allemands : les obus détruisaient aisément les moindres bâtiments et c’est ce qui est arrivé à la maison de mes ancêtres. La plupart des autres bâtiments de la ville ont subis le même sort. Par chance, personne de ma famille n’est mort ce jour là.

    Pour me mettre sur les traces de cette histoire, j’ai visité personnellement Reims et j’ai pu constater que la plupart des bâtiments étaient des constructions récentes. La ville a été presque entièrement rasée. Outre quelques rares bâtiments n’a subsisté que la cathédrale de la ville.

    Le deuxième document représente une lettre qu’adressait mon arrière-grand-mère à l’un des membres de sa famille ( il semblerait que c’était sa cousine ). Elle avait été rédigée le lendemain du bombardement, autrement dit le 3 avril 1915. Cette lettre expliquait en détail ce qu’il restait de la maison : très peu de chose hormis la cave. Bien plus tard après la fin de la guerre, sur les décombres de cette maison, fut bâti un bâtiment à deux étages. Les traces des victimes furent oubliés dans une reconstruction totale de la ville.

    On n’a pas retrouvé la lettre entière mais seulement ce passage qui nous permet aujourd'hui de comprendre ce que l'on voit sur la photographie.

    Thomas


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  • Nous avons trouvé grâce à un document des archives municipales de Saint-Priest
    une liste des soldats morts pe
    ndant la Première Guerre mondiale.
    Cette liste comprend 86 noms.

    En précisant nos recherches,
    nous avons pu identifier 10 soldats de Saint-Priest
    qui sont morts pendant la bataille de Verdun.
     

    Joseph Bigot Jean Cerclerat Auguste Charroud Claude Cusin Hippolyte Gallien-Guédy Joseph Guillaud Pierre Laval Victor Neyron Antonie Payet-Burin

    Louis Riondet

     

    En étudiant leur fiche on peut voir que 7 sont morts au combat, 2 sont notés disparus (probablement lors d'un assaut) et une fiche
    porte la mention de "mort inconnue".

    Ambre, Marion





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  • Des Tirailleurs à Verdun ?

    Pendant la première guerre mondiale il n'y avait pas assez de combattants sur le sol français. La France a dû faire appel aux jeunes hommes de ses colonies. Notamment ses colonies d'Afrique de l'ouest et de Madagascar.

    Certains Tirailleurs ont participé à la bataille de Verdun. Une des batailles les plus meurtrières. 

    A Verdun, deux bataillons de tirailleurs sénégalais, le 36e et le 43e, sont mobilisés, ainsi que deux compagnies tout justes créées en 1915 de tirailleurs somalis, recrutés à Djibouti et à Madagascar.

    En octobre, la reconquête du fort de Douaumont, menée par le général Mangin, mobilise une bonne part d'entre eux et offre un succès symbolique retentissant à Nivelle.

    Parmi la cinquantaine de tirailleurs inhumés à Lyon, 3 faisaient partie de ces deux bataillons :

    - Le sergent Samba Diallo  et Fouramé Niako appartenaient au 43° BTS et avaient tous les deux été recrutés dans l'actuelle Guinée.

    - Anounou Coulibaly, recruté à Bakel (actuel Sénégal) combattait au sein du 36° BTS.

    Il existe donc de grandes chances pour que ces tirailleurs, morts dans les hôpitaux lyonnais aient participé à cette terrible bataille.

     

    Des tirailleurs "lyonnais" à Verdun ?Khadiya, Cécile, Marie, Camille


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  • Black M a publié samedi 14 /05 un message sur Facebook parlant de son concert à Verdun et en expliquant des choses sur sa famille.
    Peut-être que ce serai intéressant de le rajouter à notre propre article.

    Marie

    Bonjour à tous, je m'appelle Alpha Diallo, je suis français, né en France, à Paris, et j'ai 31 ans.

    Eduqué par la France, terre d'accueil de mes parents, terre qui m'a vu grandir et permis de vivre de ma passion. Une terre pour laquelle mon grand-père Alpha Mamoudou Diallo, d'origine guinéenne, a combattu lors de la guerre 39-45 au sein des Tirailleurs Sénégalais - ces mêmes Tirailleurs Sénégalais qui étaient également présents lors de la bataille de Verdun.

    J'ai ressenti une immense fierté lorsque l'on a fait appel à moi pour participer à un concert en marge de la commémoration de la Bataille de Verdun pour l'ensemble des jeunes français et Allemands réunis ce jour-là.

    Une polémique incompréhensible et inquiétante a malheureusement entraîné l'annulation de ma participation à cette manifestation.
    Je ne peux pas rester sans réponse face aux propos d'une extrême violence, tenus à mon égard, ces derniers jours. Je suis d'autant plus attristé par cette situation qui peut aujourd'hui toucher des milliers d'autres français.

    Moi, Alpha Diallo, enfant de la République et fier de l'être, souhaite, par ce communiqué, faire barrière à ces propos haineux.

    Merci à tous ceux qui me soutiennent depuis le début, je ne ferai pas d'autres commentaires.

    Peace

    Alpha Diallo
    Black M

    photo Black M Tirailleurs

     

     


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    Depuis quelques jours existe une polémique au sujet du concert que devait donner le chanteur Black M lors des commémorations du Centenaire de la bataille de Verdun. Nous venons d'apprendre son annulation.

    Notre classe était enthousiaste à l’idée d’assister à ce concert dans le cadre du programme d'échange interculturel franco-allemand auquel nous allons participer.

    Nous avons notamment été interpellés par le « tweet » de M. Aristide Leucate :

     

     

    Annulation - Concert Black M

     

    Nous avons donc eu envie de lui répondre.

    Le véritable nom de Black M est Alpha Diallo. Dans le cadre notre Projet-Mémoire sur les Tirailleurs sénégalais et malgaches, nous savons qu’il y a 2 soldats nommés Diallo inhumés dans l’agglomération lyonnaise :

    Nous avons ensuite élargi nos recherches à l'ensemble de la France grâce au site Grand mémorial (http://www.culture.fr/Genealogie/Grand-Memorial).

    Nous avons trouvé 467 soldats du nom de Diallo qui sont « Morts pour la France » au cours de la Première Guerre mondiale. Parmi eux, 105 sont d’origine guinéenne (comme Black M).

    Il est impossible pour nous de savoir si ces tirailleurs étaient des ascendants de Alpha Diallo, mais il existe plusieurs centaines de soldats nommés Diallo qui ont perdu la vie au cours de ce conflit.

    Ambre, Camille, Cécile, Khadiya, Marie, Marion, Océane et Thomas

     


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  •  Thomas nous raconte un assaut du Tirailleur Siriki Ouattara, 71° BTS, 4° Cie, matricule 13550.

    "La septième heure du 20 Juillet 1916 sonnait dans les tranchées. Le bataillon était déjà sur place depuis le 17 Juillet au matin. Les soldats attendaient nerveusement et fiévreusement l’heure fatidique.

    Ces derniers jours avaient été mis à profit pour partir en reconnaissance et pouvoir tenir informer le commandant. Ce dernier se préparait à l’instant à donner ses ordres. Il jetait tout autour de lui des regards emplis de confiance et d’espoir, espérant  que tout le monde suive son exemple, pour le plus grand supplice des soldats qui étaient tout sauf confiants.

    La 4ème compagnie se préparait également. Elle partira avant les deux autres qui s’étendront ensuite sur les côtés du champ de bataille.

    Siriki faisait partie de cette première ligne. Son attirail était prêt. Siriki était un tirailleur. Son grand corps et sa stature imposante en faisait une personne qui imposait le respect.  Il avait le visage fin, intelligent et strié de scarifications courbées partant de l’arête de son nez. Elles s’enfonçaient en un sillon large à mi - joue et s’arrêtaient à l’extrémité de sa bouche dans une vague forme triangulaire. Il en avait aussi de petites sur le bord de ses yeux en amande. Toutes étaient le souvenir de l’initiation quelques années plus tôt qui avait fait de lui un homme. Il les portait avec respect et humilité, fier de pouvoir affirmer que toujours, il avait été la terre subissant la guerre. Son visage était le reflet des profondes tranchées martelées des pas lourds des soldats surchargés subissant dans leurs cœurs les trombes de désespoir s’abattant inlassablement sur les territoires désolés. Ses scarifications prenaient maintenant une signification plus importante que tout le reste. Elles avaient fait de lui un homme mais faisaient maintenant de lui l’esclave de la guerre, le bourreau des hommes et le réceptacle inébranlable d’une guerre interminable. Ses scarifications étaient le reflet des profondes cisailles qui parcouraient la terre de part en part en la détruisant progressivement.

    Ses cheveux étaient relativement courts et d’un noir de jais, comme le ciel l’était actuellement. Tous ses membres étaient musclés. Ses yeux étaient voilés par la tristesse et son regard était profond et empreint d’une sérénité cachée par une colère permanente et une mélancolie infinie.

    Il avait correctement préparé son matériel. Ce qui avait été pour lui une vague tentative d’occuper son esprit à une tâche quelconque pour oublier le combat qui l’attendait. L’assaut paraissait inévitable. Tous s’étaient préparés avec anxiété, pensant avec une peur non dissimulée à ce qui allait indubitablement arriver. Certains avaient écrits à leur famille, afin d’oublier tout ce qui allait suivre. Siriki n’avait pas écrit. Il n’avait pas parlé. Il avait tenté de se vider l’esprit en nettoyant son matériel.

    Les deux autres compagnies se préparaient elles aussi. On les sentait un peu plus sereines pour le moment : il leur restait quelques dizaines de minutes voire, avec un peu de chance, quelques heures avant de devoir partir dans l’enfer du no mans land mais tôt ou tard, chacun savait qu’il lui faudrait affronter une mort certaine.

    Un vent chaud soufflait dans les tranchées. Aucun son ne fusait de l’atmosphère. Le calme avant la tempête, tel le prodrome de l’indubitable enfer qui allait suivre. Ils le savaient, tous autant qu’ils étaient. L’affrontement était inévitable et le dernier soupir semblait plus proche que jamais.

    Le commandant, dans un geste soudain et rapide, ordonna à la première ligne de partir. Celle – ci s’élança dans un brouillard dense qui ne fit qu’augmenter le stress omniprésent. Les soldats avançaient dans une nappe blanche, aux aguets. Leurs sens se déployaient progressivement, quelque peu brouillés par la peur de l’inexorable combat qui les attendait et de l’inévitable massacre qui devait suivre. L’anxiété traversant l’air ambiant était comme une boule malléable que chacun pouvait sentir, voir et toucher mais qui les empêchait de savoir s’ils étaient suivis ou épiés.

    Siriki avait mis tous ses sens aux aguets. Ses yeux scrutaient le lointain. Au – delà du brouillard nacré de blanc semblaient s’étendre les lignes ennemies semblables à des serpents étendus sur des kilomètres de terre dévastée. Plissant les yeux, il tenta d’apercevoir plus précisément l’ensemble des installations ennemies qui s’étendaient au loin mais cela lui était impossible. Les autres soldats parlaient, mais trop fatigué et trop concentré, il ne les écoutait pas. Le brouillard, ce traître, donnait l’impression d’avoir été étendu par les soldats de l’aigle noir pour se cacher. Il était l’instrument de la mort envoyé par des hommes au cœur noir chargés de haine.

    La première ligne s’était élancée depuis quelques dizaines de minutes maintenant. Le capitaine faisait les cent pas, attendant désespérément des nouvelles de ses soldats. Aucune nouvelle ne signifiait rien de bon mais il n’avait entendu aucuns coups de tirs. Peut – être s’en étaient – ils tous sortis. Peut – être avaient – ils déjà atteint les lignes ennemies. Peut – être étaient – ils déjà tombés. La dernière solution s’écrasa avec un fracas de désespoir dans l’esprit du capitaine. Et s’ils étaient tombés dans une embuscade ? De plus en plus nerveux, ses rondes interminables s’accélérèrent. Son esprit s’emplissait des plus terribles théories qui avaient pu frapper ses soldats. Quelle vie ! se dit – il.

    Les deuxième et troisième compagnies patientaient, toujours plus nerveuses au rythme des minutes qui s’égrenaient lentement. Quelques-uns écrivaient fébrilement, vaine tentative d’obliger leurs esprits torturés à penser à autre chose. Tout valait mieux que le supplice qui les attendait. Tous auraient préféré ne pas se trouver ici, être dans une autre tranchée où aucun combat ne les concernerait aujourd’hui. Même s’ils savaient tous que cet espoir était vain, utopique et qu’il y avait toujours une bataille qui les attendrait, quoi qu’il arrive. La fin de la guerre leur paraissait plus que jamais impossible. 

    Siriki continuait d’avancer, ses compagnons à ses côtés. Il continuait de surveiller tout autour de lui en pensant les lignes ennemies se trouvaient au-delà de l’immense brouillard.

    Les hommes marchaient depuis un long moment déjà. Le poids de l’uniforme et des armes leur pesait, leurs pieds étaient fatigué comme, en fait, la totalité de leur corps. Même leurs yeux ne semblaient plus pouvoir fixer l’immensité du territoire qui s’ouvrait devant eux.

    Soudain, des coups de feu fusèrent. Les balles perforaient les compagnons de Siriki avec une puissance qui les fauchait sur le coup. L’écho des cris de douleurs se répercuta sur tout le front. Certains tombaient sans avoir pu esquisser ne serait – ce qu’un mouvement. Le bruit des balles couvraient maintenant tous les autres sons. Il n’était même plus possible d’entendre les cris des blessés. Siriki tenta de s’imperméabiliser face à  tous ces bruits, de se sortir de cet enfer mais cela était impossible.

    Le tirailleur recula un peu. Les balles ne l’atteignaient pas. Les balles n’atteignaient plus personne. Les armes ne tiraient plus. Le silence tomba implacable, seulement perturbé par de bruits de bottes s’éloignant rapidement. Ils fuyaient. Siriki tourna sur lui – même à la recherche des survivants. Il n’en restait que très peu, la compagnie avait été presque entièrement fauchée. Les rares hommes encore debout tremblaient de peur et de froid. Certains se lançaient des regards désespérés dans l’espoir de se rassurer mutuellement. « Décimés », murmura un des soldats d’une voix étranglée. Tous savaient que les Allemands reviendraient dans peu de temps. Un aigle n’abandonne jamais et ne laisse pas ses proies à la merci des autres prédateurs. Furetant désespérément au – delà de la nappe de brouillard, Siriki tentait de discerner ce qui les attendait mais il ne vit personnes. 

    Un éclaireur vint se poster fièrement devant le commandant. Il était grand, paraissait solide et fort mais son visage n’exprimait que de la peine et de la douleur. Sans qu’il n’ait besoin de s’exprimer, le commandant comprit que quelque désastre s’était produit. Secouant la tête, il se retourna pour ne plus voir l’éclaireur au visage dévasté par la tristesse. Ce dernier se racla la gorge pour attirer l’attention du commandant qui ne daigna pas esquisser le moindre mouvement. L’éclaireur se mit à parler rapidement. Le commandant entendait chacun des mots prononcés mais aucun ne prenait sens dans son esprit embrouillé par le désespoir et la fureur. La peur, aussi. Surtout, la peur en réalité.

      Anxieuse, la deuxième compagnie se doutait qu’elle allait être réquisitionnée dans peu de temps. Ceux qui écrivaient encore replièrent leurs papiers, bouchèrent leurs bouteilles d’encre et rangèrent leurs plumes. Ils préparèrent leur matériel avec des gestes nets mais peu assurés car leurs membres tremblaient nerveusement.Les soldats se levèrent d’un même geste, se donnant une fausse contenance pour se redonner du courage entre eux. L’un des lieutenants esquissa un vague sourire pour rassurer ses troupes mais une lueur dans ses yeux trahissait son désarroi. Personne ne pu lui renvoyer son sourire. Le sol se couvrait par endroit de larmes qui empêchaient les soldats d’oublier que dans peu de temps, ils seraient revenus à la terre.

    L’ordre tomba d’un seul coup, sans préambule mais pourtant tellement prévisible. Cela devait finir par arriver. Le commandant répéta son ordre et la ligne se mit en branle de manière synchronisée et courageuse. Quelques rares soldats affichaient une mine sévère, sûrs d’eux – mêmes et avançaient d’un pas impérieux mais les autres tremblaient de la tête aux pieds. La peur était palpable et flottait dans l’air, tel un nuage. Leurs jambes se mirent en mouvement, de manière automatique. Les soldats ne voulaient pas avancer mais leur raison les obligeait à le faire sur les traces de la première ligne maintenant fauchée selon les propos du commandant.

     Parallèlement, la troisième vague se préparait elle aussi, maintenant nerveuse et la quatrième prenait place dans une tranchée avec un régiment des mitrailleuses, prête à sauver leurs compagnons qui reviendraient de la bataille.

     Siriki regardait tout autour de lui. Le brouillard était toujours aussi épais, il semblait vouloir les rendre aveugle pour mieux les saisir, telle une créature invisible et impossible à stopper. Au loin, des mitrailleuses retentissaient à nouveau, moins proches que quelques minutes plus tôt mais tout aussi présentes. Ils se rapprochaient. Siriki en était convaincu, des bruits de pas retentissaient à intervalles régulières et frappaient le sol avec dureté. La température chuta de quelques degrés et Siriki frissonna. L’air ambiant se faisait de plus en plus froid. Les survivants de la ligne continuaient de se jeter des regards de plus en plus désespérés.

    Mais le plus dur n’était pas la température excessivement basse mais les cris implorants. Les cris de douleur et de supplice des blessés qui gisaient à même le sol et imploraient qu’on abrège leurs souffrances. Personne n’accédait néanmoins à leurs demandes. Les tombés jetaient des regards implorés aux vivants, demandant instamment de ne pas les laisser dans cet état. Les voix se mettaient à hanter tout doucement Siriki. Ce dernier se boucha les oreilles dans un geste vain de taire les cauchemars omniprésents qu’étaient ces hurlements de douleur. La température se rafraîchissait encore, comme pour leur indiquer que le danger se rapprochait. Le froid extérieur glaçait les corps de l’intérieur, figeant les âmes dans d’uniques sursauts, glaçant les membres déjà engourdis des soldats.

    Soudain, alors que Siriki pensait finir par ne plus pouvoir supporter les échos de douleur, des bruits de pas retentirent. Ils sont là. L’évidence tomba implacablement dans l’esprit de Siriki,  il se remit aux aguets et prépara son arme. La deuxième ligne arriva auprès d’eux comme dans un rêve. Siriki fit une vaine tentative de sourire mais des larmes coulèrent doucement sur son visage ankylosé. Le soulagement l’emplit et ses jambes le portèrent jusqu’aux protections assurées par les renforts.

     L’éclaireur vint se poster fièrement devant le commandant. La deuxième compagnie avait subi de nombreuses pertes mais quelques-uns de ses hommes avaient réussis à atteindre les tranchées ennemies. Le commandant se tourna vers la troisième dont le stress dansait dans l’air ambiant et leur ordonna de partir au combat en quelques mots simples mais chargés de sens.

     Siriki marchait machinalement. Ses pieds avançaient en courant en direction des tranchées. Le commandant avait fait ordonner le repli. Quelques groupes de soldats s’occupaient du tir de barrage devant les protéger. Il avançait d’un pas régulier, contraire à ses pensées qui partaient vers ses compagnons tombés au combat devant ses yeux. Mais rien en lui ne suivait son corps qui se déplaçait telle une coquille vide. Il finit par arriver aux tranchées de départ. Le commandant était là, son visage ne trahissait aucune émotion. Comme à son habitude, rien chez lui ne montrait qu’il plaignait les soldats fièrement tombés.

    Siriki releva les yeux vers son commandant qui ordonna qu’on rende hommage aux morts et aux disparus. Mais Siriki savait que ce n’était pas suffisant. Il prit quelques feuilles et se mit à écrire.

    Thomas

    Récit de SirikiSoldat colonial français
    in Gefangene Bilder - Wissenschaft und Propaganda im Ersten Weltkrieg
    Historisches Museum Frankfurt 2014, p. 39

     

     





     


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  • VERDUN 2016

    Ce projet a l’honneur d'avoir été choisi par l'Académie de Lyon
    afin de participer
    aux cérémonies officielles de commémoration de la Bataille de Verdun.

    Un groupe d'une vingtaine d'élèves prendront part
    à un programme interculturel franco-allemand de quatre jours
    du 26 au 29 mai 2016

    et à la cérémonie devant l'Ossuaire de Douaumont,
    en présence du Président de la République française et de la Chancelière de la République Fédérale d'Allemagne.

    Site officiel Verdun 2016

     

     

     


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